Voici une critique formulée par le Conseil supérieur de l’éducation quant aux finalités de l’éducation mises de l’avant dans un document officiel de l’époque intitulé L’école québécoise : énoncé de politique et plan d’action. On y présentait, entre autres, l’épanouissement personnel de l’élève et le développement de ses aspirations comme étant prioritaires.
« Faut-il continuer de privilégier une interprétation du développement intégral qui est d’abord la formation d’une personne créatrice, autonome, libre, heureuse et ouverte à l’amour et à la transcendance? Ou bien, y aurait-il intérêt à se tourner vers une expression de finalités de l’éducation scolaire plus dialectique, plus sensible à l’autre terme d’une polarité : le développement de l’intelligence inséparable de l’ouverture de la personne au monde culturel? Dans cette ligne de pensée, des formulations de la raison d’être de l’école analogue à celle que Jean-Claude Forquin (1989) a récemment bien mise en lumière sont particulièrement aptes à ancrer une réflexion renouvelée sur le curriculum :
“Enseigner suppose de vouloir faire accéder quelqu’un à un degré ou à une forme de développement intellectuel et personnel que l’on trouve souhaitable. Cela ne peut se faire sans prendre appui sur des contenus, sans prélever dans la totalité de la culture au sens objectif du terme, la culture en tant que monde humainement construit, monde des institutions et des signes dans lequel baigne dès l’origine tout individu humain par cela seul qu’il est humain, et qui constitue comme sa seconde matrice, certains éléments que l’on considère comme plus essentiels, ou plus appropriés à ce sujet. Éduquer, enseigner, c’est mettre quelqu’un en présence de certains éléments de culture afin qu’il s’en nourrisse, qu’il les incorpore à sa substance, qu’il construise son identité intellectuelle et personnelle en fonction d’eux” (p. 186).
Il y a beaucoup d’intérêt à faire de l’initiation culturelle large un élément central des finalités de l’éducation scolaire, ne serait-ce que pour équilibrer la perspective, légitime, de la croissance et de l’épanouissement de la personne. Pour construire son identité culturelle et personnelle et, à son tour, devenir innovateur et participer à la création culturelle, l’élève a besoin de connaître ces acquis culturels des générations, d’être initié à des savoirs déjà constitués et d’avoir accès à l’héritage culturel. Une actualisation des finalités de l’éducation scolaire exige qu’on redonne à cette initiation culturelle sa place centrale » (p. 20-21).
Conseil supérieur de l’éducation (1994). Rénover le curriculum du primaire et du secondaire, 116 p.